Il y a quelques temps, je vous parlais, de la rencontre avec nos rêves d’enfants, Je suis abonnés à plusieurs forums
aéronautiques, en voilà un de rêve d’enfants, écrit avec beaucoup de talent, merci mec.
" En juillet 1969, j'étais en camp avec les Eclaireurs de France, dans les Pyrénées, au dessus de Castillon, Ariège.
" En juillet 1969, j'étais en camp avec les Eclaireurs de France, dans les Pyrénées, au dessus de Castillon, Ariège.
Le soir, nous faisions cercle autour du feu de bois, devant la tente, entourés de chants, d'histoires et de légendes. En principe, on
n'avait ni radio ni télé, un journal de temps en temps, mais le 21, un de nos chefs avait apporté un transistor, car l'instant était trop historique pour que l'on passât à côté.
Ainsi, nous écoutâmes, à la fois émerveillés et incrédules, l'alunissage du LEM sur la Mer de la Tranquillité, avec Neil Armstrong et Buzz
Aldrin aux commandes, tandis que Michael Collins gardait Apollo 11 en orbite. L’humanité changeait d'époque, guidée par des types maladroits dans des
scaphandres blancs, avant de l'être aujourd'hui par des animateurs télé plus ou moins pervers.
Les astronautes étaient pour nous des dieux vivants. J'avais douze ans, et des rêves de voler plein la tête.
Le temps a bien passé. J'en ai presque cinquante, et encore des rêves de voler plein la tête, bien qu'en ayant réalisé pas mal d'entre
eux.
J'ai persisté sur la voie boy-scout, en particulier dans le milieu aviation légère.
Ce matin 15 juin 2007, on arrive à Orly de Toulouse, presque pas en retard, la France est couverte de cunimbs, et les Navettes
constituent un exercice sportif et nerveux de premier choix. Troisième lever à 4h30, il faut aller vite, et pourtant on n'a plus les idées très claires. 40 minutes d'escale-cavalcade, et on
repart vers Nice, où question orages, l'arrivée promet d'être gratinée.
" Ah oui, à propos, me dit le coordo d'un air détaché, vous avez vu ? Vous aurez Mr Aldrin, à bord, il
paraît que c'est un astronaute..."
Abandonnant lâchement mon copilote Dorian aux prises avec les contrôleurs orlyesques, je jaillis du poste, pour consulter la PIL (
Passengers Information List), qui indique qu'en effet, Mr Buzz Aldrin est bien assis au siège 4C.
Je profite outrageusement de la préséance que me confèrent mes quatre galons, pour oser aborder la légende vivante qui, pour un citoyen
américain, a un accent à peu près saisissable par votre serviteur.
Mr Aldrin me fait l'honneur et la fierté de bien vouloir accepter d'effectuer le vol dans le poste, et le
voilà en deux temps trois mouvements sur le jumpseat de notre A321 F-GTAO, dernier mis en service à la compagnie, et qui brille comme un sou neuf.
J'explique qui est ce grand monsieur à nos petites hôtesses, qui n'étaient pas nées à l'époque, et qui n'ont jamais entendu parler de lui,
puisqu'il ne sévit ni sur TF1, ni sur M6.
Mr Aldrin est fort intéressé par les instruments de bord de notre machine, et pendant le décollage et une
bonne partie de la montée, je sens son regard par-dessous mon coude, lorsque je me retourne, il a un petit sourire en coin en louchant sur mes EFIS. J'outrecuide jusqu'à lui décrire l'affichage
de nos paramètres sur lesdits EFIS, mais visiblement, il a déjà tout compris tout seul.
Mr Aldrin me rassure beaucoup, il a les mêmes difficultés que moi à se servir de son téléphone-PDA.
Pourtant, l'usage de machines complexes et d'avant-garde ne l'a jamais impressionné.
Bref, avec ce monsieur, on se souvient bien, chacun de notre côté, ce que l'on a fait dans la soirée du 21 juillet 1969.
C'est à peu près le seul élément où j'arrive à soutenir la comparaison.
C'est à l'arrivée à Nice, entre le FL 250 et le sol, qu'il mesurera le progrès que constitue le radar météo couleur qui se superpose à la
route dans le ND. En effet, en approche, on en prend vraiment plein la gueule.
La simplicité et l'humilité de ce grand bonhomme sont une leçon permanente. Le type qui, le deuxième, est allé sur la Lune, n'a
vraiment pas la grosse tête.
Finale 04 gauche à Nice, vent trois quarts arrière, avec un A321 à 71 tonnes, sur piste mouillée et sans reverses. J'affûte comme un
malade, car foirer un atterrissage sous le regard d'une telle icône, ce serait le fond de la butée basse de la honte, encore pire que d'être aperçu au volant d'un 4X4 immatriculé
92.
Au prix de trois freins sur quatre au delà de 300 degrés ( pas grave, ils sont neufs...), je produis une prestation honorable, ce qui nous
permet d'aborder le parking 46 Alfa à Nice avec seulement vingt minutes de retard, ce qui aujourd'hui, relève de la prouesse.
Echange de cartes de visite. Là, je suis enfoncé, et de loin. Sur la mienne, il y a juste mon nom avec le logo de la Compagnie, avec
écrit dessous " Commandant de Bord".
Sur la sienne, il y a l'écusson d'Apollo 11, avec écrit Buzz Aldrin, et dessous " Astronaut". Le top de la classe.
Sur la sienne, il y a l'écusson d'Apollo 11, avec écrit Buzz Aldrin, et dessous " Astronaut". Le top de la classe.
Il y a aussi son portable et son e-mail. Je lui suggèrerais bien de s'inscrire sur la Liste, mais il ne va pas avoir le temps d'étudier
toutes les polémiques dans une langue qui n'est pas la sienne.
C'est sûr, nos métiers permettent de piloter de belles machines.
Mais quand en plus ils permettent de rencontrer nos idoles d'enfance, presque d'égal à égal, on se dit qu'on ne s'est pas trompé de voie.
"
Jacques Darolles
Jacques Darolles
Agent de conduite
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